Jeux & financement participatif

Depuis quelques années, le financement participatif joue un rôle très important du côté des jeux de société, en parallèle du circuit « classique » avec les boutiques (en dur ou en ligne).
La plateforme star est Kickstarter (en anglais), même si d’autres essaient de se faire une place comme Ulule du coté français. On y trouve bien sur d’autres choses que des jeux : de la littérature (par exemple ce projet de traduction intégrale de l’oeuvre de Lovecraft), de la musique, des objets technos, du loufoque avec une campagne pour remplacer les pubs d’une station de métro de Londres par des posters de chats

Mais pour rester du côté des jeux, le succès est tel que des sites et forums dédiés fleurissent, des acronymes comme PM (Pledge Manager) ou PG (Pledge Groupé) font maintenant partie du vocabulaire… et les chiffres deviennent conséquents :

  • les plus gros projets peuvent attirer plus de 40.000 personnes
  • récolter des sommes de plus de 5 millions d’euros
  • en 2018 sur Kickstarter, la catégorie jeux (au complet – donc avec les jeux vidéos, mais l’essentiel vient des jeux de plateau) c’est plus de 3000 projets financés par 800.000 personnes pour un montant de 200 millions de dollars
  • depuis le début de Kickstarter, presque un milliard de dépensé dans la catégorie jeux par 3 millions de personnes…

Après avoir testé le concept en 2013 (en participant au financement d’un très beau film sur le jeu de Go qui est finalement sorti en 2017 – dispo aussi sur Netflix), je n’y étais pas revenu, mais en 2018 comme tu peux le voir sur le screenshot, j’ai un peu craqué comme on dit ! Pourquoi ? Envie de renouveler un peu ma ludothèque, de jeux différents de ce que j’avais (par exemple avec figurines, ou dédiés au jeu solo)… Et Kickstarter facilite bien la prise de risque des éditeurs pour faire des jeux « hors-normes » (puisqu’ils s’assurent d’un certain niveau de demande avant de produire), et donc les jeux innovants qui envoient du lourd en matériel, en concepts… Par transparence j’ai mis les prix même si ils sont conséquents, j’assume !

Allez, assez bavardé de généralités, en quelques mots les raisons pour lesquelles j’ai soutenu ces projets, dans l’ordre chronologique :

  • Unbroken : pris début 2018, j’avais envie d’un jeu rapide (30 minutes) pensé pour être joué en solo. Avec un second enfant en approche, j’anticipais que les soirées jeux se feraient plus rares, et avoir une option ludique rapide loin des écrans me tentait bien
  • Black Rose Wars : j’avais bien envie d’avoir un jeu de figurines dans ma collection, et l’aspect combats-de-mages-avec-des-sorts-et-des-créatures-dans-tous-les-sens-mais-sans-dés a fait le reste
  • Top Secret File : un mini-projet atypique à deux euros pour le fun, et à usage unique. Sympa sans être extraordinaire non plus.
  • Endogénésis : un jeu de cartes « compétitif », un vrai pari car c’est le premier projet du créateur, mais je me suis laissé convaincre par son blog où il parle du développement du jeu. Un peu craquage car des jeux de cartes j’en avais déjà plein, j’avoue ! Mais la campagne est super bien menée avec beaucoup d’attention portée à tous les détails, ça promet.
  • Microbrew : un jeu à 2 dans un format mini très pratique pour emporter en voyage. Quand en plus ça parle de bière… il ne restait plus qu’à cliquer sur « Pledge » !
  • Claustrophobia 1643 : un jeu à 2 assez rapide (45 minutes), avec des figurines opposant les humains aux démons. Hum ça ressemble fort au second craquage de la liste. Mais c’est une réédition et la première version a très bonne réputation, c’est sympa et léger à jouer (avec des dés !!!), et c’est Monolith avec Fred Henry aux commandes, l’éditeur français star sur Kickstarter ! Alors on fait quoi ? On clique sur « Pledge »…
  • Tainted Grail: The Fall of Avalon : on finit en décembre avec du très lourd, un jeu coopératif (1 à 4 joueurs) qui promet une aventure de plus de 100 heures. Wow. Je suppose que je jouerai principalement voire exclusivement en solo à ce jeu inspiré des « livres dont vous êtes le héro » de mon enfance.
  • Est-ce que je te parle en plus de deux jeux que j’ai finalement pris sur le circuit classique, mais inspirés par Kickstarter ? Non je n’oserai pas… (mais l’un des deux est coopératif et sélectionné pour le prix de l’as d’or expert – verdict dans un mois à Cannes)

Si tu veux aller plus loin :

  • Un comparatif des plateformes de financement participatif : c’est là
  • Le site français dédié, avec analyses des projets en cours, rétrospectives, forums, PG pour diminuer les frais de port… c’est ici
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H index

Le H index (ou Indice h en français) nous vient du monde de la recherche scientifique, mais a trouvé de l’écho du côté des joueurs de jeux de sociétés.
Cet index mesure combien de jeux différents sont joués régulièrement. Aux extrêmes, si tu joues 100 fois à un seul jeu, ton H index est de 1. Idem si tu joues une fois à 100 jeux.
Par contre, si il y a au mieux 8 jeux auxquels tu as joué au moins 8 fois, ton H index est de 8.

Bref, l’index permet de caractériser un profil de joueur, du monomaniaque au touche à tout en passant par l’équilibré.

Exemple avec mes parties de 2018 :

Tu peux voir que mon index 2018 est de 8, et pour monter à 9, il m’aurait suffi d’une seule partie de plus du 7ème continent !
Et donc, notant mes parties jouées depuis 2009 (10 ans de jeu !), tu peux voir sur le premier graphique l’évolution de l’index sur ces années. C’est finalement assez stable, quoi qu’avec une légère tendance à la hausse quand même.

Pour finir, mon H index global sur les 10 ans est de… 21

Voilà, c’est une métrique rigolote mais évidement pas un objectif… et puis on peut s’interroger sur la pertinence de comparer une partie de Twin it avec une partie de Gloomhaven ou de Terra Mystica…

Bref si toi aussi tu joues, combien pour toi alors ?

Premier verger

Voilà un jeu coopératif sympa pour les enfants ! Le joli matériel rend les parties agréables, et les règles sont très très simples :

  • A tour de rôle, on lance le dé
  • Si on tombe sur jaune, vert, rouge ou mauve, on cueille un fruit de la couleur correspondante et on le pose dans le panier
  • Si on tombe sur le corbeau, il avance d’une case sur la piste qui le mène au verger
  • Si on tombe sur le fameux panier comme sur la photo, on peut choisir le fruit que l’on cueille !

La partie est gagnée quand tous les fruits sont cueillis, ou perdue dès que le corbeau a avancé 5 fois et entre donc dans le verger.

Donc oui, 5 fois sur 6 on execute juste ce que le dé nous a donné, mais il y un choix (et donc stratégie) quand on tombe sur le panier !
Bien sur le plaisir pour les enfants est avant tout dans le matériel, le fait de jouer tous ensemble contre le corbeau, et l’intérêt est dans l’apprentissage de règles à respecter.

Mais… j’étais curieux de faire quelques statistiques sur les chances de victoire, et l’impact des « stratégies » utilisées lorsqu’on fait panier.
Quelques lignes de programmation plus tard (on pourrait surement faire des probas à la place, mais ça a pas l’air simple du tout), et les résultats tombent. Les stratégies considérées sont :

  1. Cueillir toujours dans l’arbre où il reste le plus de fruits
  2. Cueillir au hasard
  3. Cueillir toujours dans le premier arbre où il reste des fruits (en partant de la gauche par exemple)
  4. Cueillir toujours dans l’arbre où il reste le moins de fruits

Et voici les statistiques de victoire, avec 10 millions de parties jouées pour chaque stratégie (même sur un vieil ordinateur, ça prend moins d’une minute) :

  1. 63,13 %
  2. 59,68 %
  3. 58,26 %
  4. 55,52 %

Ce que j’en retiens :

  • C’est un jeu où il faut s’attendre à perdre régulièrement. C’est surement une bonne chose pour les enfants, d’autant que la défaite étant partagée par tous les joueurs elle passe d’autant mieux, et on peut très vite refaire une partie !
  • Comme on peut faire un choix une fois sur six en moyenne, l’impact des stratégies est assez mineur. Je trouve ça un peu dommage, car ça va être compliqué pour les enfants de réaliser qu’il y a de meilleurs choix que d’autres. Je ne sais pas à partir de quel âge un enfant peut « réfléchir » aux stratégies, mais pour les petits seule l’observation aurait pu leur mettre la puce à l’oreille. Mais avec des différence si minimes…

Si tu veux jouer avec le code ou regarder par curiosité, ça se passe ici.

FIJ 2018

C’est donc le weekend dernier que se tenait le Festival International des Jeux à Cannes.
Alors clarifions tout de suite, par jeux on entend ici « jeux de société ». Il y a bien une petite partie jeux vidéos, mais je ne l’ai jamais trouvé très intéressante.

Pourquoi t’en parler après coup en fait ? Hé bien pour te donner envie d’y venir l’année prochaine, ou de visiter un autre salon/festival sur le jeu de société, car ouais, c’est cool.
Mais d’ailleurs on y fait quoi au juste ? Petit tour d’horizon, inspiré de ce blog :

  1. Jouer (sans blague). Mais au fait, avec plusieurs centaines (milliers ?) de jeux présentés, comment choisir ? Pour ma part j’essaye de jouer à des jeux que je ne connais pas, en espérant découvrir des mécaniques / systèmes de jeux novateurs. Bon ça reste un peu au hasard des tables dispos, des illustrations qui t’attirent, etc… complètement imprévisible, et souvent l’occasion de jouer avec des inconnus sympas et passionnés.
    Contrairement à certaines connaissances, j’y vais pas avec une liste préétablie de 30 jeux à absolument tester !
  2. Participer à des tournois, pour le coup à l’inverse du point précédent, c’est mieux sur des jeux qu’on connait bien. Cette année, participation à 7 Wonders Duel et Splendor, avec des résultats mitigés.
    Ce que j’apprécie dans les tournois, c’est que les parties s’enchaînent, pas de galère pour apprendre des règles dans un bruit improbable, attendre une table de dispo, et y’a beaucoup de (très) bons joueurs pour faire de belles parties.
  3. Accompagner les enfants : superbe espace enfant à Cannes, les petits de tout âge se régalent et ne savent plus ou donner de la tête !
  4. Participer au « off » le soir jusqu’à tard. Raté cette année, mais c’est une bonne occasion de tester des protos présentés par les auteurs eux-même, puis de leur faire des retours une binouze à la main.
  5. Faire des achats. Moi c’est pas trop mon truc (bredouille cette année) à moins de trouver des promos intéressantes (genre dimanche fin d’aprem), car j’aime mieux réfléchir à deux fois avant d’avoir une boite de plus dans l’étagère… histoire d’être sur de l’ouvrir plusieurs fois ensuite ! D’autres reviendront avec des dizaines de jeux.

Des nouvelles d’AlphaGo

alphago-team-go

Il y a un peu plus d’un an, un match de go historique avait lieu entre Lee Sedol et AlphaGo.
AlphaGo l’avait emporté 4/1 alors même que personne n’aurait parié sur la victoire d’une IA contre les meilleurs pros quelques mois avant. On n’attendait pas ce type de résultat avant 10 ou 20 ans.
Ceci étant, Lee avait quand même arraché une partie, et Ke Jie, alors numéro 1 mondial, avait estimé pouvoir battre AlphaGo et demandait à jouer un match officiel à son tour.

La semaine dernière, Ke a pu se mesurer à AlphaGo (qui avait a priori largement progressé de son côté pendant l’année écoulée), et sans surprise AlphaGo a gagné le match 3/0, alors même que Ke a joué à un excellent niveau d’après ce que j’ai pu lire ici ou là.

En parallèle de ce match malheureusement sans gros suspense (ce qui me fait regretter que AlphaGo ait été si fort si vite), les organisateurs ont eu la bonne idée de faire jouer des humains avec AlphaGo en Pair-Go, et aussi d’opposer l’équipe nationale chinoise (en photo) à AlphaGo. Même si  je ne suis pas convaincu à 100% qu’ils soient nettement plus forts à 5 que seuls, l’idée était très sympa et c’est pourquoi j’ai choisi cette photo pour illustrer l’article.
Bon, ils ont également perdu, mais au moins on dirait qu’ils se sont bien marrés !

Que retenir de tout cela au final ?

  • AlphaGo a déjà fait des émules, et même si DeepMind n’a pas ouvert le code source, d’autres programmes se sont largement inspirés des techniques utilisées et commencent à être très forts eux aussi
  • DeepMind a annoncé la fin de carrière compétitive d’AlphaGo avec ce match, ils vont maintenant se consacrer à un outil d’apprentissage du Go basé sur AlphaGo, et surtout essayer d’appliquer leurs recherches à d’autres domaines (médecine, énergie, matériaux…)
  • DeepMind a livré une cinquantaine de parties d’AlphaGo jouant contre lui même. Les parties sont très étranges avec des coups que beaucoup jugeraient affreux. J’ai pu lire d’un joueur top 10 français « C’est de la grosse merde », « il y a clairement des mauvais coups, des mauvais échanges ».
    Mais qui sommes-nous pauvres humains pour juger un « joueur » qui nous bat tous ? Le débat et l’analyse de ces parties ne font que commencer.
  • Pour les tournois d’humains, il va falloir anticiper les risques de triche (adieu les tournois en ligne avec gros enjeux, exit la consultation de smartphones pendant des parties de tournoi…), sinon le Go pourrait souffrir des même scandales qu’aux échecs

… et on se tire la bourre dans la galaxie !

Race for the galaxy

Donc il y a quelque semaines c’était le festival des jeux à Cannes.
Chaque nouvelle édition du festival vient avec son incroyable quantité de nouveautés, mais plutôt que de détailler les vainqueurs de l’As d’or auxquels je n’ai de toutes façons pas joué, je préfère aujourd’hui te parler de… Race for the Galaxy !

Sorti en 2007, le jeu a rencontré un succès immédiat grâce à trois éléments :

  • Une mécanique novatrice de sélection de phases : à chaque tour, tous les joueurs choisissent simultanément 1 des 5 phases possibles, mais toutes les phases choisies seront jouées par tous les joueurs ! Lorsque vient « sa » phase, le (ou les) joueur l’ayant choisi bénéficiera simplement d’un petit bonus pour en avoir été l’instigateur.
    Ce mécanisme, certes inspiré d’un autre jeu de cartes « San Juan », lui même inspiré du célèbre jeu de plateau « Puerto Rico », amène une grosse dimension de tactique et de bluff.
  • Une rejouabilité à toute épreuve une fois la boite de base agrémentée de ses 3 extensions. Les ~230 cartes offrent une variété de stratégie et de situations assez extraordinaire, les choix sont tendus, on surveille les autres du coin de l’œil…
  • Mais le jeu reste très fluide puisque à chaque phase tout le monde joue en même temps, pas besoin d’attendre que les N-1 autres joueurs aient tous joué pour reprendre la main.
    Ce concept a été repris depuis par des jeux à gros succès comme « 7 wonders ».

Alors bien sur comme tout jeu avec une grande profondeur, il faudra quelque parties pour rentrer dedans (à la première si t’es tout perdu, ben… c’est normal), et aucune chance ou presque pour un débutant de gagner contre un joueur expérimenté, même avec le hasard de la pioche inhérent à tout jeu de carte !
Ces joueurs expérimentés (re)découvriront d’ailleurs avec plaisir les stats des cartes (basées sur plus de 300000 parties dont certaines jouées par Skayne, losGismos et Jahz, tiens tiens).

Bref pour ma part je m’en lasse pas même et je ne peux que conseiller ce jeu.
Même après plus de 200 parties (juste en comptant « offline » !), le jeu réserve de belles surprises comme celle de la photo au début de l’article, une partie que j’ai jouée en Février et dont j’ai détaillé le déroulement sur BGG. Les amateurs du jeu apprécieront. L’auteur du jeu a d’ailleurs lui-même apprécié !

… et on suit un match de Go historique !

AlphaGo-vs-Lee-Sedol

Historique, pour les amateurs du jeu de Go ou de l’intelligence artificielle, très clairement. Alors quand on est fan des deux…

C’est donc demain que le match entre Lee Sedol (bio en français et anglais) et AlphaGo (développé par Google DeepMind) commence.
Il se jouera en 5 parties sans handicap, avec 2h par personne + 3 périodes d’une minute de byo-yomi, et sera streamé en direct sur Youtube.

Forte de sa victoire sans appel (5/0) en Octobre contre Fan Hui (français d’origine chinoise et triple champion d’Europe en 2013/2014/2015), l’IA de Google aura d’après les experts beaucoup plus de mal contre Lee Sedol, l’un des meilleurs joueurs au monde, si elle joue au même niveau que contre Fan.
Sauf que… 6 mois se sont écoulés depuis Octobre, et qu’en 6 mois AlphaGo se sera améliorée en jouant autant de parties qu’un humain l’aurait fait en quelques milliers d’années !
Sans compter que les ingénieurs de Google ont probablement travaillé à fond pour peaufiner leur IA.

Bref, on espère que le spectacle sera au rendez-vous, et il sera très intéressant de voir si Lee Sedol va essayer de compliquer ou au contraire de simplifier les parties, sachant qu’il a un style habituellement très agressif.

Dans tous les cas ça fait plaisir de voir le retentissement qu’a l’évènement dans les médias, beaucoup d’encre a coulé à ce sujet sur le net, mais si je ne devais donner qu’un lien d’article, allez hop ce serait celui là (en anglais).
Et un lien de vidéo, ce serait ici, en français cette fois. Le contenu semble (pas encore eu le temps de tout regarder) très intéressant, car toutes ces questions sont abordées :

  • Qu’est-ce que le jeu de go ?
  • Pourquoi ce jeu intéresse-t-il les chercheurs et les géants de l’internet ?
  • Lee Sedol peut-il gagner ?
  • Quelles conséquences si la machine gagne ?

Alors, Lee Sedol sera-t-il le nouveau Kasparov et AlphaGo le nouveau DeepBlue ?
Début de réponse demain, mais pour ma part je pronostique 4/1 en faveur de Lee Sedol !